Mercredi 19 mars 2008

Plusieurs responsables de banques centrales européennes estiment que les remous sur les marchés financiers sont bien plus puissants qu'ils ne le pensaient jusqu'alors.
Les remous sur les marchés financiers sont bien plus puissants qu'on ne le pensait jusqu'alors et il paraît peu vraisemblable que la zone puisse s'en tirer indemne, ont constaté mercredi plusieurs responsables de banques centrales européennes.
Mais les banquiers centraux sont dans le même temps préoccupés par une inflation nourrie par la flambée des prix des matières premières, alors même que la croissance est en phase de ralentissement.
D'où un dilemne pour la BCE, qui observe le statu quo monétaire alors même que son homologue américaine réduit les taux à tour de bras, à l'exemple des 75 points de base retranchés à son taux d'intervention, ramené à 2,25% mardi.
Dilemne qui semble se traduire aussi par une absence de consensus au sein du Conseil des Gouverneurs de la banque centrale.
Le Belge Guy Quaden et le Luxembourgeois Yves Mersch ont dit tous deux chacun de leur côté que l'économie de la zone euro n'était pas immunisée contre le ralentissement observé aux Etats-Unis et qu'elle porterait la trace des turbulences des marchés financiers.
Tous deux se sont également inquiété de l'instabilité du marché des changes où l'euro a inscrit un nouveau record contre le dollar lundi.
"Pour ce qui concerne l'impact sur l'activité économique des retombées des problèmes du marché immobilier US (...) il s'avère plus puissant et plus durable qu'on ne le pensait tout d'abord", a dit Mersch lors d'une conférence. "C'est à peine si la zone euro et le Luxembourg pourront échapper à l'onde de choc du ralentissement de la demande américaine et éventuellement aux turbulences des taux ce change".
Quaden s'est fait l'écho de ces propos peu de temps après, jugeant "excessifs" les mouvements récents du marché des changes. "La crise du secteur financier aux USA est plus profonde et sans doute plus durable que prévu au premier abord et elle a des conséquence négatives pour l'activité économique aux USA", a-t-il dit, cité par l'agence Market News International.
"Cela étant dit, je note également que l'économie européenne et l'économie belge semblent bien plus résistantes que par le passé mais je n'irais pas jusqu'à dire qu'elles sont à l'abri des évolutions des marchés financiers et des évolutions économiques aux USA".
SCISSION
Ces préoccupations relatives à la croissance tranchent avec le propos résolument anti-inflationniste des Allemands Axel Weber et Jürgen Stark, ce dernier siégeant au directoire, et du Français Christian Noyer.
"Fondamentalement, le message met l'accent sur une scission au sein du Conseil", constate Aurelio Maccario, économiste d'UniCredit. "Certains insistent sur la stabilité des prix, alors que Mersch et Quaden adressent un message identique qui dit que la croissance de la zone euro est remise en cause".
Noyer estime pour sa part que la hausse des prix des matières premières et des produits alimentaires constitue un défit pour la maîtrise de l'inflation et la crédibilité de la politique monétaire.
"A court terme, les récents chocs inflationnistes vont probablement maintenir l'inflation à un niveau élevé durant la majeure partie de 2008", a-t-il dit. "La mondialisation pourrait contenir pour l'avenir des risques inflationnistes plus importants que dans sa première phase".
Quaden, toutefois, n'a pas oblitéré la question de la stabilité des prix, jugeant que les dernières statistiques de la zone euro montrant une inflation annuelle de 3,3% en février, un record, n'étaient "pas bonnes".
Le mandat de la BCE lui fixe un objectif d'inflation tout proche de 2% mais inférieur à ce seuil, un mandat qu'elle n'a pu tenir huit années durant et qu'elle ne paraît pas davantage apte à respecter cette année.
Pourtant, Noyer envisage un "scénario dans lequel après environ deux mois l'inflation reculera dans la zone euro et repassera sous, mais près, des 2%".
Et d'ajouter: "Ces projections reposent sur un scénario de ralentissement économique mondial et de modération des prix des matières premières".
Les projections de l'Eurosystème ont été relevées pour l'inflation de 2008 et de 2009, donnant en moyenne 2,9% et 2,1% respectivement.
L'analyste Macario d'UniCredit pense qu'en définitive la BCE penchera davantage vers le camp des partisans d'une détente monétaire dans la mesure où l'inflation décélèrera.
Source : france24.com
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